A la fin septembre, Augustin Mettraux a décroché le bronze aux WorldSkills de Shanghai. Une consécration qui couronne plusieurs mois de préparation intensive, avec le soutien de son coach Loïc Santschi. De ses premiers pas dans le métier à son retour triomphal, Augustin revient sur son aventure.
Augustin, qui es-tu et pourquoi avoir choisi la menuiserie ?
J’ai 20 ans et je vis à Fontainemelon. En juillet 2025, j’ai obtenu mon CFC de menuisier après quatre années d’apprentissage. Je cherchais un métier manuel, concret et varié : la menuiserie s’est vite imposée comme une évidence. Il faut dire que mon père est lui-même menuisier — ceci explique peut-être cela ! Plus sérieusement, je trouve formidable de pouvoir transformer une simple planche de bois en une multitude d’objets. En dehors de l’atelier, je pratique la course à pied et le tir sportif, et j’aime aussi passer du temps en montagne.
Comment l’aventure des concours de menuiserie a-t-elle commencé ?
J’ai participé aux premières qualifications cantonales sans vraiment connaître les SwissSkills et sans imaginer aller aussi loin. Après avoir remporté ce premier concours, l’envie de me mesurer aux meilleurs menuisiers de Suisse a grandi. Avec les huit autres participants qualifiés, nous avons suivi plusieurs week-ends d’entraînement et trois concours d’une journée. Je ne faisais pas partie des favoris, mais je savais que j’avais une chance de décrocher une médaille. Ma qualification pour les WorldSkills a ensuite ouvert un nouveau chapitre.
Que représentait la possibilité de participer aux WorldSkills ?
C’était une chance exceptionnelle et un grand honneur. Les WorldSkills réunissent les meilleurs jeunes professionnels du monde. Pouvoir défendre les couleurs de la menuiserie suisse sur cette scène était une expérience unique. Dès la fin des SwissSkills, j’ai consacré mes soirées et mes week-ends à préparer un nouvel outillage. Puis, à partir du mois de mars 2026, j’ai arrêté de travailler pour me consacrer entièrement à l’entraînement.
À quoi ont ressemblé ces mois de préparation ?
J’ai développé des méthodes de travail qui devaient être à la fois rapides, précises et fiables. J’ai réalisé des exercices spécifiques et des projets complets inspirés des éditions précédentes. Chaque séance permettait de cibler un point concret : gagner en efficacité, améliorer un assemblage, corriger un détail ou apprendre à mieux gérer le temps.
Avec Loïc Santschi, mon coach, nous avons construit une relation fondée sur la confiance. Nous pouvions avoir des avis différents sur certaines techniques, mais ces discussions faisaient avancer la réflexion. Pour un même assemblage, plusieurs méthodes sont parfois possibles. L’essentiel était de choisir celle qui me permettrait d’obtenir la meilleure qualité dans le temps imparti.
Comment gères-tu la pression ?
Le tir sportif m’avait déjà appris à composer avec le stress de la compétition. La pression ne disparaît pas, mais on apprend à la canaliser : respirer, se recentrer et avancer étape par étape. Lors des concours, les petites erreurs peuvent coûter très cher. Si une pièce est mal coupée, il faut éviter de s’énerver, limiter les conséquences et repartir immédiatement. La capacité d’adaptation est aussi importante que la technique.
Quel défi t’attendait à Shanghai ?
Le détail de l’épreuve n’a été dévoilé qu’au début du concours : nous disposions de 22 heures, réparties sur quatre jours, pour réaliser un petit escalier de trois marches muni d’une rambarde. La pièce était particulièrement technique. Mes 19 autres adversaires venaient des quatre coins du monde: Chine, Corée, Japon, Inde, Namibie, Brésil, France, Allemagne, Espagne, Danemark, Royaume-Uni... À l’issue de l’épreuve, j’étais déjà satisfait de mon travail : j’avais le sentiment de ne pas avoir commis d’erreur. Il ne me restait plus qu’à découvrir le classement…
Concrètement, comment as-tu appris que tu avais remporté la médaille de bronze ?
C’est lors de la cérémonie de clôture, lorsque le drapeau suisse s’est affiché à l’écran, que j’ai compris que j’allais remporter une médaille. À cet instant, j’ai ressenti un immense bonheur, mais aussi un profond soulagement : après de longs mois d’entraînement, j’avais atteint l’objectif pour lequel je m’étais tant investi. Remporter une médaille, c'était l’aboutissement de plusieurs années d’apprentissage, de travail et de persévérance. Cette médaille récompense bien sûr ma performance, mais elle met aussi en valeur la formation professionnelle suisse et le savoir-faire neuchâtelois.
Qu’as-tu eu l’occasion de découvrir en Chine ? Quelles impressions gardes-tu de Shanghai ?
Nous avons eu peu de temps pour visiter, mais suffisamment pour mesurer l’immensité de Shanghai. Cette ville gigantesque, avec son climat, sa nourriture et son mode de vie très différents des nôtres, demande un certain temps d’adaptation. Découvrir cet environnement et rencontrer des personnes venues du monde entier a été une expérience très enrichissante.
Qui t’a soutenu dans cette aventure ?
Une préparation de cette ampleur représente un investissement considérable : six mois sans revenu, l’achat d’outillage et de nombreux entraînements à l’extérieur. J’ai heureusement pu compter sur le soutien d’UBS, sponsor des SwissSkills, du FAPP, de l’ANECEM et de la FRECEM. Une campagne de financement participatif, organisée par l’UNAM, l’ANECEM et la FRECEM, a également mobilisé les fonds d'autres associations, d'entreprises de menuiserie et de particuliers. Le CAAJ a, de son côté, conçu, développé et usiné un étau de menuiserie sur mesure avant de me l’offrir. La CNCI m’a offert une belle montre, que j’ai portée pendant les épreuves, les montres connectées étant interdites. Enfin, la vidéo de soutien réunissant plusieurs acteurs de la formation professionnelle neuchâteloise m’a énormément touché et donné un élan supplémentaire. Je suis ainsi parti à Shanghai encore plus déterminé à décrocher une médaille.
Je tiens également à remercier tout particulièrement Loïc, qui m’a accompagné, conseillé et soutenu durant ces six mois. Il a été à la fois un repère technique précieux et un soutien essentiel dans les moments plus difficiles. Cette médaille est certainement le fruit de ce fantastique travail d’équipe.
Comment as-tu vécu ton retour à Neuchâtel ?
L’accueil réservé à la gare de Neuchâtel, le 30 septembre, a été incroyable. Tout était parti d’une promesse lancée sur le ton de la plaisanterie par mon ami Melvin Evard : « Si tu remportes une médaille à Shanghai, je viendrai te chercher en limousine ! » Grâce à cette médaille, la boutade est devenue réalité. À mon arrivée à la gare de Neuchâtel, je n’en croyais ni mes yeux, ni mes oreilles : tant de monde, tant de bruit, le tintement des cloches, les applaudissements et les bravos… C’était juste magnifique. Loïc a lui aussi été chaleureusement applaudi. Après des mois d’efforts, vivre ce moment avec toutes les personnes qui nous avaient accompagnés a été vraiment très fort.
Après cette médaille de bronze, quels sont tes prochains objectifs ?
Je n’ai pas encore de projet précis pour l’avenir. Pour l’instant, je souhaite surtout continuer à apprendre, à progresser et à me perfectionner dans mon métier. Malgré ce succès, j’ai encore tant de choses à découvrir.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui se lancent dans un apprentissage ?
Le CFC ou l’AFP ne constitue pas un point final, mais un véritable point de départ. Ces diplômes ouvrent de nombreuses portes : ils permettent d’entrer dans la vie professionnelle avec des compétences concrètes, de gagner en autonomie et de construire progressivement son avenir. L’apprentissage offre aussi la possibilité de poursuivre sa formation, de se perfectionner, d’obtenir une maturité professionnelle, d’accéder à une école supérieure ou, un jour, de créer sa propre entreprise. L’essentiel est de croire en ses capacités, de rester curieux et de saisir les opportunités qui se présentent.
Plus d'informations
www.augustin-mettraux-aux-worldskills.ch
































